Pèlerins sur cette terre, les hommes vont inexorablement vers une finitude, ils portent progressivement les morsures du temps.

Les images photographiques associées à des plaques de métal rouillé, tentent d’évoquer cette destinée fatale de l’homme. L’homme chemine dans un espace temps vectorisé, une perspective implacable, dont les lignes de fuite mènent à la rouille mortelle. L’autoroute de la vie, semble tracer pour tout homme, un funeste chemin, dont la destination finale, sourde ou vive, structure les pensées des hommes.

Depuis Adam, l’homme naît dans ce monde, malade d’amour. Jadis arraché en Eden au cœur du Père par le péché, l’homme séduit par le serpent des origines, a perdu l’accès du jardin céleste, le ciel s’est fermé, il redevient poussière.

Tout homme aspire dans le secret de son cœur à retrouver l’union perdue avec son Père Créateur. Nulle créature, ou chose existante sur cette terre, ne peut consoler l’homme de sa blessure mortelle, il est en quête... avide, orphelin.

Qui échappera à cet ennemi mortel, venu par la désobéissance de l’homme ? Qui brisera ce joug, qui sépare les fils du Père ?

Il existe un chemin, un chemin oublié... celui du cœur du Fils, à jamais transpercé sur le bois de la Croix. Toutes les strates des structures exposées, sont fixées par des attaches disposées en croix. La Croix du Christ, essentielle, scelle notre réalité mortelle à l’espace de la grâce éternelle. Par ses stigmates et par son sang, Jésus nous obtient l’alliance éternelle avec le Créateur. Il ouvre une porte dans les ténèbres, il brise l’illusion diaphane de ce monde, et nous entraîne à sa suite dans les demeures du Père, jardin originel. Par la croix, le ciel et la terre sont réconciliés. Il est ressuscité, si nous reconnaissons qu’il est le Seigneur de nos vies, avec lui, nous ressusciterons et habiterons pour l’éternité dans la maison du Père.

Toutes les fentes, brèches, ouvertures dans mon travail, évoquent la blessure du cœur de Jésus. Lorsque le cœur de Jésus est transpercé sur la Croix, le voile du temple, masquant le Saint des saints, se déchire, la grâce est enfin donnée aux hommes. La malédiction de la mort est à jamais brisée.

Les images photographiques représentent l’esprit du monde, qui tel un voile mortuaire, se déchirent, et révèlent des espaces profonds sous-jacents, richement colorés, paradisiaques, dont les symboles christiques foisonnent. L’arbre de vie s’érige, le fleuve de vie et de feu se déverse, les êtres célestes angéliques exultent, virevoltent, adorent le Dieu trinitaire... L’espace de la maison du Père est intemporel, sans profondeur, ni perspective, tout se donne simultanément, généreusement en une jubilation ineffable.

Au sein de mon travail, l’invisible devient visible, l’immatériel se manifeste comme véritable présence transfigurée. La première strate du réel, le voile d’aveuglement, opacité entre Dieu et les hommes se fend, les enfants peuvent à nouveau dans leur liberté, accéder au sanctuaire, à la demeure du Père, et y goûter les fruits délicieux. La porte est étroite, frontale, contraire à la signalétique mensongère de ce monde menant à l’impasse, un escalier est à gravir, un chemin nouveau à arpenter. La porte du cœur de Jésus est définitivement ouverte, mais l’homme demeure fondamentalement libre d’y accéder, il y a un virage à prendre, un changement de direction à opérer. Ainsi mon travail questionne la notion de direction, de choix, de perspective, certains personnages vont dans le sens du monde, d’autres pénètrent dans le lieux saint, et se tiennent sur la brèche.

La trouée en forme d’église orientale, symbolise le temple véritable, demeure du Père dans les lieux célestes. Jésus est le temple, son cœur en est la porte, en lui s’établit l’Eglise dont il est la tête.

La grâce est actuelle, sans cesse renouvelée. Si je le souhaite, si je reconnais Jésus comme mon Sauveur, je peux retrouver par son cœur le chemin de mon propre cœur, dans lequel Dieu crée un jardin merveilleux où est planté l’arbre de Vie.

Lorsque j’évoque la notion de monde, c’est dans le sens biblique. Il ne s’agit pas pour moi de dénigrer la création de Dieu, qui est intrinsèquement bonne, mais de lutter contre l’esprit du monde dont parle les écritures. Depuis la chute, le père du mensonge a inoculé dans le cœur de l’homme un esprit de jalousie, d’orgueil. Cet esprit fixé à notre chair, conduit à la corruption. Il s’agit d’observer les événements planétaires actuels, pour saisir la réalité et l’action de cet esprit du monde. L’homme est enclin à détruire la création, cet instinct ravageur peut prendre aujourd’hui des masques très subtils et mensongers. L’esprit du monde est un esprit d’indépendance, contre la vie, homicide et déicide. Il est comme un voile d’aveuglement sur le cœur de l’homme, que seul le Christ peut déchirer par son sacrifice.

Le Christ nous enseigne que nous sommes dans le monde mais pas de ce monde.

En lui et par lui, l’homme peut retrouver le chemin de son cœur profond et bénéficier de l’amour du Père, afin de vivre cette traversée ici-bas, dans la joie et la plénitude. La gloire de Dieu c’est l’homme debout qui le loue et qui réceptionne sa gloire. La Père désire que ses enfants soient pleinement heureux et guéris, enracinés sur la terre et la tête dans le ciel, totalement unifiés.

Au delà du voile des apparences de ce monde, existe donc une réalité céleste extraordinaire. Il faut se tenir sur la brèche de son coeur, percer le voile, et entrer dans les lieux saints.

Le Christ nous dit : "Je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez." Dt 30,19

Texte poétique de Sr Isabelle sur mon travail

« Le christ ouvrit son côté comme une porte Et le coeur blessé devint un accès béant à son amour » (Dimitri de Rostov) O Christ tu es le Temple en toi est la Gloire de Dieu. Mais comment aurions-nous pu y accéder si tu n’avais daigné nous ouvrir la porte en l’accueil de cette lance transperçant ton Coeur ? Tu nous rouvres la porte de l’Eden jadis fermée par les chérubins ; Et ton sang nous revêt de l’habit nuptial afin que nous puissions pénétrer à nouveau dans la salle des noces. Mystérieuse attirance… Nous franchissons le porche de lumière escortés par les anges pour parvenir en ce foyer incandescent de l’éternel Amour. Là nous sommes ravis, avec une aisance souveraine, au centre de Dieu. « Y-a-t-il rien de trop merveilleux pour le Seigneur ? » (Gn 18,14) Sans changer de lieu nous sommes cependant transportés ailleurs, attirés en ce centre merveilleux où tout est transfiguré, où tout meurt et ressuscite en une Pâque éternelle. « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi » Alors l’Alléluia éclate en un chant silencieux d’exultation… Est-ce la terre qui est assomptée au ciel ou est-ce le ciel étincelant d’une lumière diaprée qui vient faire sa demeure parmi nous ? L’âme ne sait et cependant, franchissant la porte du ciel, elle se retrouve chez elle en la Maison de Dieu. « Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux ; De mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. Alors Celui qui siège sur le trône déclara : « Voici je fais l’univers nouveau » » Ap 21,3-5

Texte poétique de Sr Isabelle sur mon travail

Soudain une trouée dans l’immanence, Soudain la réalité s’invite, autre… Comme une effraction, au détour du chemin et pourtant comme en son prolongement, Le ciel est là, à portée de coeur ! Soudain le mystère se dévoile dans l’échancrure… Une porte était là dérobée qui merveilleusement s’entrouvre, comme sous la poussée des anges, pour nous faire entrer dans le Royaume. « Je suis la porte », dit Jésus, en un éternel présent. « Celui qui entre par moi sera sauvé » « Je lui donne la vie éternelle ». …Et la réalité bascule, transfigurée par une lumière venue d’ailleurs… Dieu affleure au bord du monde. Une cascade de couleurs éclatantes, baignées dans la lumière incréée, déborde jusqu’à nous, bouleversant les repères admis, connus et déjà surannés. Ce monde semble brusquement si vieux, si trompeur en son opacité, désespérément terne en ses teintes grises. Et pourtant c’est là que le Verbe s’est fait chair et a planté sa tente, là que l’éternité fait brèche, jaillit en sa splendeur originelle et remplit tout de son incandescence lumineuse. O monde si vieux, si profané et pourtant régénéré en un Sang si précieux…pour devenir l’épiphanie du Ciel. Cette visitation divine dévoile l’être tel qu’il est en sa gloire et rend l’âme à la jubilation des origines. Le ciel descend sur la terre … Seigneur Adoramus te !

Texte du Père Bruno Martin pour l’exposition 2010 CIC

« Oui, je me lèverai, et j’irai vers mon Père ». Ce cri de l’enfant prodigue correspond-il à l’itinéraire que nous propose Cyril Faure ? Voyez cette silhouette d’homme dressé – nu, dépouillé, mais déjà baigné de lumière. Le mince trait vertical qui forme son horizon est-il la porte étroite dont parle l’évangile, et qui est le seul passage pour le chemin du retour ? Voyez cet autre panneau – une flèche, une croix. Devons-nous comprendre qu’il n’y a pas d’autre issue pour notre humanité misérable : issue de secours, chemin de vie. Les tableaux de Cyril Faure sont des icônes, elles en ont le chatoiement doré, et on y discerne des envols de séraphins - mais, paradoxalement alors que l’icône est un art bi- dimensionnel, les tableaux de Cyril sont en trois dimensions : chacun d’eux invite le spectateur à entrer. Vous connaissez la légende chinoise de l’estampe magique : celui qui la regarde entre dans le dessin, grimpe le chemin qui mène à la pagode mystérieuse, sur la colline : il lui arrive mille aventures merveilleuses, et, quand il revient, qu’il ressort du tableau, il ne reconnaît plus rien autour de lui, parce que mille ans se sont écoulés sans qu’il s’en aperçoive. Les icônes de Cyril Faure auraient-elles le pouvoir magique de nous faire entrer dans l’éternité ? Aucune magie, pourtant, aucune illusion. Voyez celle-ci, marquée à ses angles des scènes de notre plus banal quotidien : des hommes, des femmes qui marchent, des voitures, la foule anonyme, distraite, indifférente. Cet homme qui passe trouvera-t-il le chemin qui le conduira à la maison du Père ? Le passage est bien visible, pourtant. Ici, la croix. Là, le dessin en creux d’une église. Et encore, ici, une blessure. , écrivait Saint Bernard à propos du coeur ouvert du Christ : Y a-t-il un passage, depuis l’amour qui découle du coeur blessé du Fils de Dieu jusqu’aux blessures que chacun de nous porte en lui, et qui ne sont qu’attente de cet amour ? Depuis le matin de Pâques, n’est-elle pas ouverte à nouveau, la porte du premier jardin, ce jardin que nous apercevons, au fond des miniatures, plein de fleurs et d’oiseaux, et ou se dresse, pour nous, l’arbre de vie ? Mais l’arbre de vie saigne toujours, parce que l’amour n’est pas aimé. « Je me lèverai et j’irai vers mon Père ». Puissent les oeuvres de Cyril Faure aider chacun à prendre le chemin qui mène à cette demeure où un amour nous attend.